TEXTS

 

“La Convalescence,” French artist Anna Solal’s first solo show in Paris, featured devotional objects made from dollar-store finds (plastic shoes, kitchen utensils, car-floor mats, combs, neck massagers, and hair clips) and broken electronics (cracked smartphone screens, parts of remote controls and keyboards) salvaged from repair shops. Using tulle and wire to ritualistically bind together these cheap sundries and various forms of electronic waste, Solal creates freestanding sculptures as well as elaborate frames for her drawings. The artist’s aesthetic appreciation for junky products results in appealing, seemingly lighthearted assemblages. Her intention with these works, however, is to help break unhealthy addictions and bad habits. Using traditional religious iconography to describe a widespread modern malaise, Solal’s artworks invoked miracle cures for profligate consumerism and technology overload.

In three colorful still-life drawings framed by rubber steering-wheel protectors (Black Tea with Mil/z, Infusion sauge [Sage Infusion], and Infusion camomille) (all works 2018), Solal depicted home remedies such as steaming cups of tea, citrus slices, and vitamins. Tethered to the circular frames with fabric and wire, anthropomorphic figures made of found materials—some easily recognizable, others more mysteri- ous—hover like guardian angels on each side of the drawings. The angels flanking Black Tea with Milk, a drawing of milk being poured into a cup, are made of round sequin-studded hair clips and blue rubber shoe soles; splayed-open garlic presses make for elegant wings. In Infusion camomille, the angels are made of combs, children’s shoes, back massagers, and car carpeting and sanctify a white mug of herbal tea. ln another trinity of framed drawings (Morning Clouds, Afternoon Clouds, and Night Clouds), Solal visualizes a kind of post-tech afterlife.

Ruined personal technology, represented by smashed smartphone screens, frames heavenly colored-pencil skyscapes. Simultaneously beautiful and dangerous, the pocked and fissured frames are decadent foils to the divine imagery they surround. In the corners of each frame, more angels—in this case made from tulle-wrapped pieces of plastic supermarket crates—beckon toward peaceful heavens above. Solal’s freestanding sculptures also evoked spiritual guardians. The Clock is a cruciform clock, more than six feet tall; eight plastic combs form its face, and two jagged mirror shards make up its hands. At the center of the clock, a small figure wrapped in black tulle looks like a mummy with outstretched arms. This piece was inspired by Saint Lidwina, who was canonized in 1890, more than four hundred years after her death. Having endured years of intense pain caused by an ice-skating accident when she was fifteen, the Dutch mystic is a symbol of selfless suffering. If the mirror clock hands in Solal’s spindly, emaci- ated figure are a reference to the ice-skate blades, adornments such as remote-control buttons, iPad screens, and keyboard fragments make the effigy resemble a sickly cyborg. If you suffer from such modem-day plagues as “consumeritis” or smartphone addiction, Solal’s totems of ruined technology and dollar-store angels might be just the spirit guides to see you through to recovery.

Mara HobermanArtforum, 02/04/2018

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

 Voila une galerie que l’on a plaisir à visiter car on prend plaisir :d’y étre bousculé. Non par le nombre de visiteurs qui s’y pressent aux vernissages, mais bien par les propositions de Marion Dana et Corentin Hamel. Outre, un temps, Ryan Trecartin & Lizzie Fitch, nous leur devons la découverte d’artistes comme Sean Raspet ou Artie Vierkant et le soutien é des artistes comme Bertrand Planes ou Cédric Fargues. La galerie accueille Ia premiére exposition personnelle d’Anna Solal, actuellement en résidence é Astérides é Marseille, présentant des oeuvres qui sont autant d’assemblages of: se mélent pauvreté des matériaux et objets trouvés ; banalité des sujets choisis pour les dessins ainsi ornés ; précision et méticulosité des compositions dans lesquelles des objets déclassés ne retrouvent certes pas leur role, mais un peu de sens. Bien qu’inscrites dans une esthétique actuelle, ces compositions sont étonnantes, incroyablement construites, et parfois… belles, quasi sacralisées, comme Infusion Sauge ou Black Tea with milk. On comprend qu’il y a chez Anna Solal une obsession d’accumulation et une tentative de ré-enchantement du quotidien.

Joseph Kouli,  fondation Ricard App – 03/03/2018

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

A la New Galerie, Anna Solal présente des assemblages de bric et de broc, aussi naïfs qu’empreints d’une violence sourde. Un univers dystopique qui distille chez le visiteur un sentiment de gêne.

Peut-être faudrait-il plus souvent poser les jalons d’un récit potentiel pour introduire le travail d’un artiste. Peut-être faudrait-il plus souvent envisager les œuvres comme des situations initiales, des indices pour appréhender la suite d’un schéma narratif.

Avec la jeune artiste Anna Solal, tout pourrait commencer ainsi : il était une fois une déchetterie s’étalant à perte de vue, un monde alternatif, aride et dépeuplé. Non pas parallèle au monde contemporain, mais dans son prolongement. Il incarnerait une certaine idée du futur : un futur, proche ou lointain, frappé par une catastrophe écologique, ayant exacerbé les inégalités, l’instabilité et engendré un chaos politique.

 Les sols sont désormais jonchés de ruines, d’artifices inutiles, de matériaux déchiquetés et d’objets “cheap” issus d’entrepôts chinois. Toutes les matières précieuses se sont volatilisées ou bien ont fini sous la coupe d’une poignée de profiteurs désireux d’asseoir leur pouvoir. Le quotidien est une lutte sans relâche pour la survie. La débrouille fait loi.

A l’instar des lendemains de guerre, est venu le temps de la reconstruction. Suivant des lois d’attraction obscures, tous ces fragments du monde déchu s’agglomèrent d’eux-mêmes, se combinant les uns les autres, formant des compositions évoquant les objets disparus, en leur mémoire. Ou alors, serait-ce plutôt les survivants, à l’instar d’Anna Solal, qui glanent des détritus, ici et là. Les poumons encrassés, ces chirurgiens des restes du capitalisme restaurent avec tendresse tous ces éléments hétéroclites et pauvres. Ils sont à l’origine du nouveau modèle économique dominant, basé sur l’artisanat, le recyclage et l’empathie.

Ces objets bricolés peuplent jusqu’au 3 mars la New Galerie, représentant depuis peu Anna Solal, une jeune artiste née en 1988. A partir de carcasses d’objets en plastique divers, elle agence différents rebuts, construit des objets-puzzles, futuristes et archaïques, dessinant par exemple une luge, des satellites, des cerfs-volants ou encore des anges.

On avait repéré en 2016 la sculpture The Sun, un ballon de foot écorché, mû en soleil nimbé de crans et de pétards. Car bien qu’embourbés dans la crasse, difficilement rapiécés fil par fil, les objets mutants et suturés de l’artiste regardent vers le ciel. Dans ce monde dystopique qui sent le stupre, leur naïveté leur confère quelque chose de réconfortant, une espérance, quoique frelatée.

Après la catastrophe, donc, le monde se rétablit progressivement. La convalescence, tel est d’ailleurs le titre de l’exposition d’Anna Solal. Dans l’espace de la galerie, on retrouve l’attirail de l’artiste: des chaînes de vélo, des cordes et lacets, des ossatures momifiées et emballées de tissu, des éléments évoquant le bien-être et la beauté, comme des accessoires de massage, des pinces pour cheveux et pléthore d’écrans de téléphones brisés, que l’artiste nous présente “comme des peaux mortes”.

Elle nous dit récolter tous ses éléments – parfois un tantinet glauques  – dans la rue, lors de ses balades quotidiennes ou dans des boutiques discount.  Mis bout à bout, il se muent ici en un totem rachitique, en une tasse de thé géante entourée d’un essaim d’hirondelles, dont certaines ont des plumes en lames de rasoir. On retrouve également des dessins hallucinés, entourés d’assemblages évoquant des cadres religieux et des logos industriels.

Il faut dire que l’exposition flirte avec le mauvais goût. Anna Solal déploie une esthétique lo-fi et romantique. Laissés à l’état de mort ou d’attente, ses collages plastiques s’agrippent à vous: ils ont quelque chose de contagieux, installent un malaise, ils en deviennent presque insalubres. Et, si l’attention aux déchets et la fascination pour des lendemains apocalyptiques n’est pas étrangère aux artistes de la génération d’Anna Solal, l’esthétique de cette dernière s’impose par une facture intime et précieuse, excavant, comme des souterrains, des objets-ovnis, porteurs d’une angoisse et d’une profonde mélancolie.

Mal en point, les cadres et sculptures de l’artiste intriguent, arrachent parfois une grimace, installent une rêverie ou un trouble propre à  glacer le sang.

Julie Ackermann, Les Inrocks – 22/01/18 16h16